Sur le pont

IMG_4932Ce we a eu lieu à Anvers un événement très spécial: la reconstitution du pont flottant provisoire du Steen. J’ai eu la chance de pouvoir franchir ce pont en famille. Ce fut une expérience intéressante et émouvante. Avant de vous raconter cette belle journée, commençons par un petit bout d’histoire.

Cet ouvrage d’art éphémère fut un élément marquant du paysage anversois lors des journées mouvementées du début de la Grande Guerre. C’est le 2 août 1914, soit deux jours avant l’invasion allemande, que  les travaux de construction du pont flottant du Steen ont été entamés. Le pont était opérationnel une semaine plus tard.

Anvers avait été désignée depuis 1859 comme Réduit National : c’est à l’intérieur de la ceinture défensive de la ville portuaire que le Roi, le gouvernement et le commandement militaire devaient pouvoir trouver leur ultime refuge en cas de siège. Et c’est ce qui se passa le 20 août 1914, lorsque suite à la chute des forts de Liège et de Namur,  le roi Albert Ier ordonna que l’armée belge se retire vers la forteresse d’Anvers.

Protégée par une double ceinture de fortifications, Anvers avait néanmoins quelques points faibles, parmi lesquels le fait de ne disposer que d’un pont fixe sur l’Escaut, à hauteur de Tamise. La seule autre option pour franchir le fleuve était à l’époque de monter à bord d’un bac. Mais le nombre de bacs n’était pas suffisant pour pouvoir faire évacuer rapidement la ville. C’est pour cette raison que l’ on monta en hâte quatre nouveaux ponts. Le pont du Steen fut le premier a illustrer les prouesses techniques des pontonniers du Génie belge. Il reposait sur 25 bateaux de navigation intérieure ancrés d’une rive à l’autre de l’Escaut.

Le 6 octobre 1914, lorsque le Roi donna l’ordre que l’armée de campagne se retire sur l’autre rive de l’Escaut, le pont flottant du Steen fut envahi par des centaines de milliers d’Anversois paniqués. La ville était en flamme. Ses habitants, dans leur fuite, ont généré une épouvantable cohue autour du pont. Ce matin du 5 octobre 2014, la foule était aussi très dense autour de la reconstitution du pont flottant. L’ambiance était bien entendu très différente, mais nous retrouver là à attendre de pouvoir traverser le pont, entourés de nombreuses familles, permettait tout de même d’imaginer ce que devait être l’atmosphère de l’époque.

En 1914, malgré la désorganisation induite par ce mouvement de panique général, plus de cent mille personnes ont pu rejoindre la Rive Gauche de l’Escaut, que ce soit grâce à ce pont de bateaux ou grâce à des embarcations.

IMG_5049La reconstitution du pont flottant a été réalisée grâce à une collaboration entre les service de la Défense belges et leurs homologues néerlandais. Le pont de 370 mètres de long était impressionnant. Il se composait de 49 pontons métalliques qui ont été assemblés et détachés plusieurs fois par jours pour permettre la circulation des bateaux sur l’Escaut.

 

 

IMG_4918Faire traverser ce type de pont à un grand nombre de personnes ne dut pas être une mince affaire en 1914… Les organisateurs de l’événement de 2014 ont pu s’en rendre compte par eux-mêmes: au cours du we, ils ont dû se résoudre à annuler la traversée de quelques 12 000 personnes. Les traversées prenaient plus de temps qu’ils ne l’avaient imaginé au départ… Par chance, nous avons pu réaliser la traversée que nous avions réservée pour ce dimanche à 8h50. Ce fut un moment très particulier!

 

IMG_5057Sur la rive droite de l’Escaut, nous avons ensuite pris le petit-déjeuner, puis parcouru plusieurs stands de la Défense, très appréciés par petits et grands. Nous avons croisé une compagnie de joueurs de cornemuse accompagnés de danseuses traditionnelles écossaises. Ensuite, nous avons rejoint la rive gauche en empruntant le tunnel Sainte-Anne, un souterrain qui permet aux piétons et cyclistes de relier les deux rives de l’Escaut. Cette infrastructure construite à partir de 1931 et inaugurée en 1933 est un vrai joyau du patrimoine anversois:  ses escalators en bois, d’origine,  fonctionnent encore!

 

Pour terminer la journée, nous avons voulu nous souvenir des fugitifs anversois de 1914, et de tous les Belges qui ont du prendre l’exil lors de la Grande Guerre. Nous avons visité pour cela l’ exposition « Exodus » gratuitement accessible dans les galeries de circulation du MAS (Museum aan de Stroom). J’ai été un peu déçue par cette expo qui se résume à des photos d’archives accompagnées de légendes très succinctes, le tout principalement autour des escalators, ce qui ne permet pas de s’attarder sur les documents. C’est dommage que cette expo ait été conçue davantage comme un élément du décor que pour apporter des informations sur un sujet finalement peu étudié et peu connu du grand public. Néanmoins, certaines photos sont très émouvantes ou interpellantes, et le site lui-même mérite le détour. Du sommet de l’architecture contemporaine du MAS, on a une vue époustouflante sur Anvers. Et aujourd’hui, c’était un emplacement de choix pour observer le ballet continu des visiteurs qui traversaient le pont flottant.

Après avoir admiré le panorama, nous avons conclu la journée par un tour dans le centre historique de la ville. Sur la Grand Place, nous avons découvert l’exposition « Culture under Attack », réalisée par la commission néerlandaise de l’UNESCO, à propos de la sauvegarde du patrimoine menacé par les conflits, dans le monde. Des photos parlantes accompagnées de commentaires courts mais suffisants pour que l’on prenne conscience des ravages culturels et humains causés par des guerres plus récentes…

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