Regards de combattants sur la nature

Regards de combattants, Fabienne Loodts @paysagesenbataille.be

Regards de combattants, Fabienne Loodts @paysagesenbataille.be

Sur le front occidental de la Première Guerre mondiale, l’intensité des combats a bouleversé le sol, au point parfois de le minéraliser. Selon plusieurs auteurs, notamment géographes, les volumes de terre déplacés par les combats sont évalués de 80 à 2 000 mètres cubes par hectare. Les témoignages des combattants décrivent d’ailleurs souvent cette désolation, comparant le champs de bataille à un champ lunaire…

«Le cadre {entre Thiaumont et Fleury} est celui des pires champs de bataille de Verdun. En avant de ravins encore vaguement couverts de bois décharnés où les arbres sont réduits à l’état de poteaux, s’étend la zone où il y a des herbes. Au delà, plus aucune végétation, pratiquement, mais de la pierraille retournée, et, plus souvent de l’argile crevée et labourée sur deux ou trois mètres de profondeur: un vrai relief lunaire…», Pierre Teilhard de Chardin, lettre du 23 août 1916

Mais alors que les canons ne s’étaient pas encore tus, les soldats s’étonnèrent aussi de l’obstination avec laquelle la nature semblait vouloir renaître. Dans la terre retournée par les obus germaient des nuées de coquelicots. « Au champ d’honneur, les coquelicots
 sont parsemés de lot en lot  auprès des croix » : c’est par ces vers que le lieutenant colonel John McCrae, un médecin militaire canadien, établit ce rapport entre le coquelicot et les champs de batailles dans son désormais célèbre poème « In Flanders Fields », publié le 8 décembre 1915. Le « poppy » est depuis lors devenue le symbole du souvenir de la guerre de 1914-1918. Dans l’esprit de ceux qui la voyaient pousser, le rouge de cette fleur fragile évoquait autant le sang versé lors des batailles que la vie qui s’entête à persister.

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