Les perchlorates de l’eau du robinet : un héritage de la Grande Guerre ?

Paysages en Bataille, Fabienne Loodts@Paysagesenbataille.be

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Au cours du mois d’octobre 2012, en France, l’Agence Régionale de Santé a alerté les préfets du Nord et du Pas-de-Calais concernant la découverte dans l’eau de distribution de taux de sels de perchlorate supérieurs aux recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (4 microgrammes/litre). Les perchlorates peuvent provoquer des problèmes d’hyperthyroïdie, de croissance ou de développement neurologique. Des arrêtés de restriction sur la consommation d’eau pour les nourrissons et les femmes enceintes ont été pris dans les 544 communes concernées. Quel lien avec la Première guerre mondiale ? Les sels de perchlorate sont fréquemment utilisés pour les applications militaires et aérospatiales. Lors de la découverte de premières concentrations anormales, en septembre 2011, c’est d’abord une origine industrielle qui a été envisagée. Mais en se basant sur une cartographie obtenue après un an d’analyses, l’ARS pointe plutôt comme source potentielle la présence de « nombreuses munitions tirées lors de la Première Guerre mondiale, en particulier sur la ligne de front qui se trouvait à la limite entre la plaine de Flandres et le plateau d’Artois. » L’explication ne convainc pas tout le monde. Pour Henry Bélot (démineur français retraité et rédacteur de Deminest, trimestriel lorrain des démineurs de l’Est), « les explosifs chloratés et perchloratés sont à base de sels trop sensibles pour charger autre chose que des fourneaux de mine (comme en carrières) ou des projectiles à faible coefficient d’accélération, comme des grenades ou des bombes de tranchée. Un obus chargé en perchlorate exploserait au départ. Le perchlorate n’est présent donc qu’en faible proportion dans l’artillerie proprement dite qui n’utilisait que des explosifs nitrés ou nitratés. Enfin le perchlorate ne pollue que s’il est hors de son enveloppe : tant qu’il est enfermé, il représente un sérieux risque d’explosion, mais ne dégrade pas le sol ».

« En Flandre, explique le porte-parole de la Vlaamse Milieumaatschappij (VMM), Bart Van Besien, l’eau ne provient pas de la même nappe aquifère. Ceci dit, les entreprises de distribution d’eau ( IMWV et VMW) étudient le risque que les réseaux aquifères adjacents soient affectés par le perchlorate. Dans le passé, jamais on n’a jamais constaté de pollution au perchlorate dans les eaux souterraines en Flandre. Nous effectuons aussi une campagne de mesure semestrielle qui inclut la recherche de métaux lourds tels que l’arsenic dans les eaux souterraines. La concentration d’arsenic sur la côte et dans les polders est relativement élevée par rapport au reste de la Flandre. Mais c’ est dû à des processus hydrogéochimiques (l’arsenic est libérée par la pyrite que l’on trouve dans les polders côtiers). Nous ne voyons dans nos mesures d’effet remarquable de dépôts de munitions sur la concentration en arsenic des eaux souterraines. »

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