Le mystère des chênes de Verdun

Il est communément admis que la bataille de Verdun, qui a vu s’affronter des troupes françaises et allemandes, a toujours moins intéressé le public britannique que les combats de la Somme ou des Flandres. Et pourtant, quelques arbres bientôt centenaire poussant en Angleterre semblent démontrer que les terribles événements de la bataille de Verdun ont eux aussi, en leur temps, ému le public britannique. Des glands issus de chênes de la zone de combat auraient été envoyés au Royaume-Uni pour y être vendus à titre caritatif. Plusieurs « chênes de Verdun » bientôt centenaires poussent ainsi dans des parcs et jardins de Coventry, Pembridge, Lichfield, Southwold, Leominster…

Un arbre de Verdun au Spencer Park de Coventry.  (Photo: D Warren/WTML)

Un arbre de Verdun au Spencer Park de Coventry. (Photo: D Warren/WTML)

La carte des arbres localisés par le Woodland Trust.

La carte des arbres localisés par le Woodland Trust.

Le Trust Woodland, un organisme qui agit pour la conservation et la restauration des bois anciens du Royaume-Uni, cherche aujourd’hui à en savoir plus sur l’histoire de 8 chênes identifiés comme issus de glands de Verdun, et de 21 autres arbres soupçonnés d’être eux aussi nés de cet épisode historique méconnu. Selon les premières recherches du Woodland Trust, les magazines et journaux d’époque livrent deux pistes pour expliquer comment et pourquoi des glands et des châtaignes auraient prélevés sur les champs de bataille de Verdun et plantés dans les villes britanniques comme un hommage aux morts. « Une histoire suggère que Lord John French, qui a dirigé les Britanniques en Europe du Nord en 1915, a pris une poignée de glands pour commémorer la résistance des Français lors de la bataille de Verdun. Une autre histoire rapporte que le maire de Verdun a envoyé une boîte de glands à la London Railway Company North West ( LNWR ) au début de 1917 pour qu’ils soient vendus au profit de la Fondation War Seal, un organisme de bienfaisance qui soutenait les vétérans et leurs familles. Des boîtes d’échantillons ont été envoyées aux maires dans les villes le long de cette voie du chemin de fer. »

La première hypothèse semble moins crédible que la seconde, puisque Lord John French était retourné en Angleterre dès fin 1915 pour y être nommé Commandant en Chef des Forces de l’Intérieur, et qu’en outre, lorsqu’il était sur le continent pendant la guerre, ce fut du côté de Mons, puis d’Ypres. Peu de chances donc qu’il ait pu ramasser une poignée de glands à Verdun après la bataille en 1916…

Une autre question que soulève l’étrange histoire des glands et châtaignes de Verdun, est leur provenance réelle. Alors que le Woodland Trust évoque le fait que ceux-ci seraient issus de « quelque 185.000 hectares de forêt détruits » lors de la bataille de Verdun, il paraît important de rappeler que la forêt de Verdun telle que nous la connaissons à ce jour n’est en fait qu’une « construction » d’après guerre, et qu’en 1914, seuls 40% des 150 000 hectares du quadrilatère formé par le réseau de forts extérieurs entourant la place forte étaient boisés. Le bio-géographe Jean-Paul Amat retrace avec précision le destin de cette zone dans son livre « Les forêts de la Grande Guerre. Histoire, mémoire, patrimoine » (paru aux Presses de l’Université Paris-Sorbonne en 2015). Après la bataille de 1916, il ne devait pas rester beaucoup d’arbres debout dans ces zones boisées. D’où venaient donc les prétendus glands et châtaignes de Verdun envoyés Outre-Manche? Le mystère de la présence de chênes et châtaigniers de Verdun reste aujourd’hui à percer, et le Woodland Trust demande à tous les amateurs d’histoire de jouer les détectives pour le percer. Si vous disposez de documents permettant de retracer l’histoire des chênes de Verdun, n’hésitez pas à les transmettre à cet organisme, et faites-moi part aussi de vos découvertes ! Quelques recherches m’ont permis de découvrir cette image de presse de l’époque qui semble montrer que de grandes quantités de glands et châtaignes ont ainsi été importés au Royaume-Uni en commémoration de la Bataille de Verdun. J’espère qu’ensemble nous percerons bientôt le mystère des chênes de Verdun!

 

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2 Responses to “Le mystère des chênes de Verdun”

  1. Titi de la Meuse 22 mai 2016 at 16 h 51 min #

    Bonjour,
    Je ne connaissais pas cette histoire, mais je peux affirmer qu’il ne pousse aucun châtaignier en Meuse, à Verdun comme ailleurs dans le département. Reste à trouver d’où proviennent les glands.
    Cordialement,

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  1. Le mystère des chênes de Verdun | ©Paysages en Bataille | Curation exclusivement en français - 22 mai 2016

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