Le drame de Ghlin: 16 petites victimes de 14-18

En 2014 encore, le décès de 2 personnes à Ypres nous a rappelé que la Première Guerre mondiale n’avait pas cessé de faire des victimes. En septembre dernier, les Journées du Patrimoine ont mis en lumière un monument qui illustre de façon aussi frappante qu’émouvante la question des victimes que les munitions de la Grande Guerre ont continué à faire après l’Armistice (voir l’article « Victimes d’après-guerre ») : à Ghlin, une pierre tombale ornée d’une statue représentant un enfant gisant (réalisée par l’artiste ghlinois Juan Bury) nous rappelle que 16 enfants de cette localités sont morts le même jour de façon tragique, après guerre, à cause d’un stock de munitions de 14-18.

Monument aux enfants de Ghlin-IML

Au centre de la photo, le monument aux enfants morts en 1919, au cimetière de Ghlin.

Le journal L’Avenir du Borinage et de l’Arrondissement de Mons paru le 19 janvier 1919, relate ce terrible événement survenu trois jours plus tôt: «Des gamins avaient organisés jeudi après-midi la « guerre » à coups de pierres. Après deux heures de combat, l’un des deux paris parvint au sommet du talus du chemin de fer malgré les ouvriers piocheurs qui voulaient les en empêcher. Là se trouvait une caisse d’une trentaine de kilos, que les gamins considérèrent comme leur butin et l’ayant liée avec une corde la traînaient à 500 mètres de là où ils y mirent le feu. Les petits malheureux qui entouraient la caisse dans l’attente de ce qui allait se passer furent déchiquetés ; des troncs, des bras, des jambes, des têtes furent projetés dans toutes les directions, un corps fut lancé à plusieurs centaines de mètres. Jusqu’au soir on ramassa des lambeaux partout, et on put ainsi identifier les corps de douze malheureux, quatre autres manquent, il y en eut en outre quatorze blessés peu gravement heureusement, ils ont été conduits à l’hôpital ».

L’explosion fit en tout 16 victimes. On imagine l’émoi que causa ce drame dans cette petite localité perdant en un seul jour autant d’enfants… Le monument, qui a été rénové l’an dernier par la commune de Mons pour un montant de 14.000 euros, suscite, encore aujourd’hui, bien des émotions.

Les enfants sont au premier rang des victimes de cette guerre « pas tout à fait finie ». L’histoire de Ghlin me rappelle celle de Mont-Devant-Sassey, relatée dans mon livre « Paysages en Bataille » (Ed. Nevicata, 2014), dont voici un extrait : « Dans le département de la Meuse, ce petit village accroché aux contreforts de l’Argonne, attire les regards de loin… Son église romane bâtie au onzième siècle par les chanoinesses d’Andenne vaut le détour.

 

 

Dans le bois de Mont, juste derrière l’édifice, que le 31 août 1914, le 124e Régiment d’Infanterie français a affronté un régiment du futur Maréchal Rommel. Aucun des 22 combattant français et des 23 Allemands ne survécut à ce combat. Leurs corps furent inhumés au village, avant de rejoindre des cimetières militaires après la fin de la guerre. Mais c’est le vieux marronnier, devant le porche de l’église, qui attire mon attention.

 

L’arbre est imposant mais difforme. Il porte les traces d’un terrible accident. Après la Grande Guerre, comme les cloches des églises avaient été emportées par les Allemands, chaque paroisse avait inventé son propre système pour pallier ce manque. À Mont-devant-Sassey, un tube à hydrogène des compagnies d’aérostiers avait été récupéré et suspendu au marronnier. En 1923, cette cloche de fortune, ou plutôt d’infortune, explosa alors qu’un jeune garçon de 15 ans la frappait avec une barre métallique, pour sonner la messe. Eugène Trichot, tué sur le coup, fut considéré comme victime civile de guerre. Le marronnier éventré a survécu à ses blessures. Qui oserait abattre cet arbre mutilé, dont les plaies encore visibles rappellent, encore aujourd’hui, le traumatisme de cet accident tragique ? On raconte ici que c’est pour tenter d’apaiser la peine des habitants du village que le marronnier de Mont-Devant-Sassey s’évertue à refleurir à chaque printemps. »

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5 Responses to “Le drame de Ghlin: 16 petites victimes de 14-18”

  1. Elise 06/06/2015 at 17 h 57 min #

    Quelles tristes histoires… Merci de mettre ainsi en lumière ces évènements oubliés des commémorations.
    Elise

    • isabelle 06/06/2015 at 18 h 06 min #

      Merci beaucoup de les lire et de les transmettre, ces histoires! Elles ne doivent pas être oubliées!

  2. jean marc hidiet 07/06/2015 at 21 h 45 min #

    Histoires emouvantes que ces deux temoignages.

    • isabelle 07/06/2015 at 21 h 51 min #

      Merci pour votre commentaire! En effet, ce sont de terribles histoires…

  3. hermand daniel 11/06/2015 at 9 h 26 min #

    Cela ne doit pas être oublier pour l avenir de l Humanité

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