Grande Guerre et Open Data

L’équipe de Paysages en Bataille a été primée ce 21 mars 2015 au Hackathon eTourisme de la Province du Luxembourg (#HACKALUX) pour son projet d’application pour smartphone « Trace la guerre » ! La preuve qu’Histoire et nouvelles technologies peuvent faire bon ménage… Mais comme il n’est pas toujours évident pour un passionné de 14-18 de maîtriser le langage des fous d’informatique du XXIe siècle, on vous doit bien un petit mot d’explication! Hackathon3

Qu’est-ce qu’un Hackathon ? Pour reprendre les mots de Green Hub, qui organisait le #HACKALUX, sous l’impulsion de Ph. Lumen (Dir. de la Catégorie Economique de la Haute Ecole Robert Schuman), en partenariat avec la Fédération Touristique du Luxembourg Belge (FTLB), un hackathon est « un marathon de développement informatique lors duquel les participants sont invités à mettre au point un prototype d’application mobile ou de service en ligne dont ils auront proposé l’idée. Ce type d’événement correspond à l’approche de co-création du bas vers le haut (BottomUp), encouragée en Wallonie. Des centaines de hackathons sont organisés chaque année dans le monde. Ils répondent au renforcement continu de l’économie digitale, ainsi qu’à l’émergence des modèles de co-création et d’innovation collaborative dans nos sociétés modernes ». 46 personnes originaires de Belgique, de France, du Chili, de Bulgarie, du Canada, de Pologne et d’ailleurs ont participé à ce premier Hackathon eTourisme de la Province du Luxembourg (#HACKALUX)… et les organisateurs ont dû refuser du monde !

Quels projets ont été primés ?

Dans la catégorie du prototype qui croise le plus de données : Wallonia Time Machine, un génial projet d’application permettant une découverte remontée dans le temps en offrant l’accès à des infos, archives, photos, données concernant le patrimoine local. L’aspect collaboratif et participatif du projet fait partie de ses atouts : les citoyens sont invités au même titre que les institutions et associations à partager les documents et connaissances en leur possession. Cette application pourrait devenir un très bel outil de valorisation du petit patrimoine parfois mal protégé car mal connu. L’exemple choisi pour le prototype du projet présenté ce we était celui du village de Revogne,  hameau belge de la ville de Beauraing dont le riche patrimoine permet de remonter jusqu’à la Préhistoire, et a été récemment menacé par manque de (re)connaissance… L’équipe qui a développé ce projet était internationale, composée de jeunes entrepreneurs venant de terminer ‘Le Wagon‘, une série de cours intensifs destinés à apprendre aux entrepreneurs à coder et à s’inculquer l’état d’esprit des développeurs. Pour le coup, leur formatrice Anne Collet, qui faisait aussi partie de l’équipe, peut être fière du travail accompli !

 

Le prix du meilleur prototype a été remporté par le projet Trip ‘N Win. Alexandre Perret et ses coéquipiers ont développé une application mêlant informations touristiques, jeu, offres commerciales et nouvelles technologies. Trip ‘N Win permet à l’utilisateur de trouver facilement quels sites touristiques sont à proximité de lui. CAtRc7_U8AAcwqzGrâce à l’utilisation d’URIbeacons, de petites balises développées par Google pour jeter un pont entre le monde digital et le monde physique, le touriste se voit proposer une expérience inédite : lors de son passage à proximité d’un point d’intérêt, la balise URIbeacon, dont la portée est de 50 mètres, lui envoie sur son smartphone une question au sujet de ce lieu touristique. S’il y répond correctement, il se voit offrir un bon de valeur à échanger chez un commerçant local. Cette utilisation de la nouvelle technologie des beacons est d’autant plus intéressante qu’elle introduit de l’interactivité dans la visite, et peut devenir un véritable accélérateur de contact… On peut imaginer de détourner ce système pour beaucoup d’utilisations, et par exemple pour enrichir encore notre propre projet d’application « Trace la guerre »…

 

PEBEn quoi consiste l’app’ « Trace la guerre » ? « Trace la guerre »  est une application basée sur le principe du géocaching pour découvrir des traces de la Première et de la Seconde guerre mondiale en Province du Luxembourg belge. Le Sud de la Belgique compte de nombreux sites témoignant d’ une partie méconnue de l’Histoire de la Grande Guerre, la Bataille des Frontières. Au travers de cette application à la fois ludique, touristique et didactique, l’idée est de mieux faire connaître ces sites, qui ont été valorisés en 2014 à l’occasion des commémorations du Centenaire du début de la Premières Guerre mondiale. L’utilisateur pourra choisir un circuit thématique (1e/2e guerre mondiale), puis, en fonction de son positionnement géographique (géolocalisation), du temps dont il dispose, et de son moyen de transport, il se verra proposer un lieu de rendez-vous, et une énigme à résoudre sur place. Pendant qu’il cherche l’indice qui lui permettra de répondre à l’énigme, le joueur peut accéder à du contenu audio-visuel (son, vidéos, photos) qui lui livre des informations sur ce qui s’est passé autrefois sur ce lieu de mémoire. L’originalité de ce contenu est de raconter l’Histoire de façon vivante, et de ne pas remplacer mais de compléter les informations déjà disponibles sur les panneaux implantés sur place par les acteurs du tourisme local. L’application donne aussi accès à des informations pratiques sur les autres points d’intérêt touristiques se trouvant à proximité de l’utilisateur. Lorsque l’utilisateur a répondu à l’énigme, il accède à la prochaine destination de l’itinéraire proposé, et reçoit une nouvelle question. La réponse à la dernière énigme du parcours donne droit à l’accès à un véritable « trésor » : une cache, dans laquelle se trouve un cadeau matériel symbolique, un poppy (coquelicot), avec lequel on peut se prendre en photo pour faire connaître son expérience tout en diffusant ce symbole de mémoire…

 

Que nous a apporté cette expérience ? Depuis le début de l’enquête « Paysages en Bataille », en 2010, notre projet était voué à s’épanouir sur diverses plateformes complémentaires. Composé d’ un blog, d’un livre, d’un feuilleton radio, de visites de terrain et de conférences, et d’un projet de webdoc, « Paysages en bataille » est ce que l’on peut appeler un projet « transmédia » : chaque brique posée complète les autres, sans redondance, et permet de toucher différents types de publics puis de leur proposer une grande diversité de contenus et d’expériences. Cela faisait longtemps que nous songions à la possibilité de créer une application pour smartphone ou tablette. Le Hackathon était l’endroit rêvé pour mettre la main à la pâte, et confronter nos idées à des regards extérieurs. Quand on s’immerge dans un projet aussi passionnant et énorme que « Paysages en bataille », il est parfois bon de prendre un peu de recul… Lorsqu’on présente ses idées à des personnes-ressources extérieures, on reçoit des questions, des critiques, des suggestions. Autant d’éléments qui peuvent permettre d’affiner un projet, d’éviter des écueils que l’on n’aurait peut-être décelés trop tard, et de recevoir aussi parfois des encouragements… Bref, c’est précieux !

 

 

Notre projet ressortira certainement grandi des échanges que nous avons pu mener avec d’autres participants, avec des membres du jury, mais aussi avec Ana Escarpenter, qui a rejoint notre équipe et nous a apporté son expérience dans le domaine du tourisme et du marketing. Le terme même de « businness model » écorche souvent les oreilles et paraît vulgaire à ceux qui comme moi sont des auteurs et n’ont souvent qu’une envie en tête, celle de raconter des histoires. Certes, il ne saurait y avoir de bon livre ou de bon film sans bonne histoire… Mais partout dans le monde, de très bonnes histoires dorment depuis longtemps dans des tiroirs d’auteurs qui n’ont pas su trouver les moyens nécessaires pour leur faire prendre corps… Réalisé avec Ana, le travail du business model de cette application a porté ses fruits car il fut sans doute un critère décisif dans la décision du jury de nous décerner le prix de la meilleur valorisation du territoire.

 

Cette expérience fut aussi une forme de team-building intéressante. Anathalie Mukundwa est montée dans le projet « Paysages en bataille » récemment, en tant qu’analyste-programmeuse. Elle nous aide à affiner la trame informatique de notre webdoc. Ces 36 heures de développement ont été l’occasion pour nous de constater que nous pouvions vivre ensemble de façon positive et constructive des situations de stress comme une nuit de travail. Car un Hackathon, ce n’est pas de tout repos ! Anathalie s’est démenée comme une lionne, au cours de cette nuit « blanche et noire », pour extraire des bases de données publiques, ou de celles qui nous étaient ouvertes le temps de ce Hackathon, des données utiles à notre projet. Je vous invite à découvrir sur son blog sa réflexion sur l’accès aux données en open data en Région Wallonne. C’est un vrai sujet public d’importance, qui malheureusement passe la plupart du temps à la trappe dans les médias, survole la tête du commun des mortels, et malheureusement aussi celle de nos élus : les données accessibles en open data sont encore bien rares chez nous, et lorsqu’elles le sont, elles ne sont pas facilement exploitables alors qu’il suffirait de peu de choses pour qu’elles le deviennent. Ce hackathon et les projets qui y ont été développés ont permis de montrer tout le potentiel éducatif, touristique, et économique de l’accessibilité à ces données publiques. Cette réflexion rend d’autant plus appréciable l’intervention de Barbara Destrée : au cours de la remise des prix, la Directrice de la Direction de la Stratégie Touristique au Commissariat général au Tourisme de la Région Wallonne a confié à l’assemblée avoir été convaincue de la nécessité de faciliter l’accès aux données publiques dans le domaine du tourisme… Dans la salle, toutes les équipes trépignaient déjà d’impatience à l’idée de participer peut-être l’an prochain à une seconde édition de ce #Hackalux enrichie de nouvelles données !  

 

Quand l’application «Trace la guerre » sera-t-elle disponible ? Bientôt, nous l’espérons ! Il nous reste à convaincre définitivement nos futurs partenaires financiers. Les semaines à venir seront certainement remplies de rencontres à cet effet. Pour être tenus au courant, inscrivez-vous à notre newsletter !     holiday-poppy

 

Last but not least, notre équipe remercie :

Ambiances…ASBL, la maison de production qui porte le projet « Paysages en Bataille » pour son soutien indéfectible et ses encouragements au cours de ce Hackhathon.

-Jacques Luyckx, supporter du projet depuis ses premières heures et géocacheur expérimenté, il a accepté de répondre à nos questions en urgence et tard dans la nuit !

-Frederick Tubiermont, fondateur d’ adsy.me que nous avons utilisée pour réaliser notre prototype, pour ses conseils et pour avoir mis en avant notre app’ sur son site juste avant notre présentation au jury, ce qui nous a gonflées à bloc !

-Les fans de la page Facebook « Paysages en Bataille » qui ont été les premiers supporters de « Trace la guerre »;

-Le Green Hub et la Haute Ecole Robert Schuman à Libramont, pour cette organisation aussi solide et rodée que conviviale !

-Les coachs qui ont boosté notre créativité par leurs conseils et encouragements, puis partagé notre joie lorsque le jury a rendu son verdict !

-Les membres des autres équipes et à tous les participants du Hackathon : ils ont été les premiers à nous faire confiance en sélectionnant ce projet par leurs votes lors du pitch qui entame le Hackhathon. Ce fut aussi un plaisir d’échanger, de se soutenir et de rire et décompresser avec eux. Un Hackhathon, c’est aussi une vraie opportunité de réseautage. On en sort avec des envies de partenariat et des possibilités de collaborations. Les affinités sont nombreuses entre notre projet et ceux des autres lauréats, mais aussi ceux d’équipes qui n’ont pas gagné mais l’auraient aussi mérité, comme le tout beau projet de l’équipe « Ardenne Hiking », une application mobile destinée aux amoureux des balades balisées…

-Les journalistes de L’Avenir et de TVLUX pour leurs magnifiques reportages.

-Et enfin, les moines d’Orval pour avoir inventé au début des années 1930 une bière qui se prête si bien à stimuler les synapses des codeurs du XXIe siècle. Ah, ces Ardennais, toujours une ardeur d’avance !

Pour ceux qui voudraient revivre les choses comme elles se sont passées en live, découvrez ce récit Storify du #hackalux.  

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