Géologie et Grande Guerre

Dans le cadre des commémorations du Centenaire de la Grande Guerre, l’association des géologues du bassin de Paris (AGBP) a vu naître en son sein un groupe d’étude « Géologie et Grande Guerre ». Après avoir mené plusieurs journées d’étude en 2014, de la plaine des Flandres aux monts de Champagne, le groupe d’étude (labellisé par la mission du Centenaire), envisage deux autres excursions : l’Argonne et Verdun en 2016 et les Vosges en 2017.

Vosges : col de la Chapelotte. Abri allemand dans le Grès vosgien (Trias). Utilisation de la topographie (dalle de Grès vosgien) et de la technique (muret en éléments préfabriqués).

Vosges : col de la Chapelotte. Abri allemand dans le Grès vosgien (Trias). Utilisation de la topographie (dalle de Grès vosgien) et de la technique (muret en éléments préfabriqués).

Le groupe d’étude « Géologie et Grande Guerre » réunit de façon informelle plusieurs géologues universitaires et professionnels, notamment Franck Hanot (ancien du BRGM, géologue-conseil), Francoise Bergerat (directeur de recherches émérite au CNRS), Jean-Pierre Gély (université Panthéon-Sorbonne), Micheline Hanzo (université de Nancy), Jean-Paul Fizaine (université de Nancy), Jean Claude Porchier (ingénieur des ponts, des eaux et des forêts), Joséphine Vicelli (géologue-conseil), Edouard Heisch (informaticien), tous membres de l’association des géologues du bassin de Paris (AGBP).

En attendant un article de compte rendu des journées de 2014, à paraître en septembre dans le Bulletin des géologues du bassin de Paris, et une probable publication de synthèse en 2018, Jean Claude Porchier (ingénieur des ponts, des eaux et des forêts), membre du groupe d’étude « Géologie et Grande Guerre » nous décrit brièvement les liens qui existent entre la Première Guerre mondiale et cette science des la terre.

Quel a été l’impact géologique de la Grande Guerre? 

Faible, surtout au niveau des sols. Il s’agit essentiellement de « bombturbation » et de pollution.

La géologie a-t-elle influencé les stratégies de guerre?

La plaine de Gohelle vue de la crête de Vimy. Le relief de la côte de Vimy et des autres positions stratégiques d'Artois est dû à la faille de Marqueffles, qui a abaissé la craie du nord par rapport aux terrains du sud. La ligne boisée, que l'on retrouve à Notre-Dame de Lorette, souligne la présence de la faille. Les bois plus éloignés dans le Bas Pays sont implantés sur des sables tertiaires.

La plaine de Gohelle vue de la crête de Vimy. Le relief de la côte de Vimy et des autres positions stratégiques d’Artois est dû à la faille de Marqueffles, qui a abaissé la craie du nord par rapport aux terrains du sud. La ligne boisée, que l’on retrouve à Notre-Dame de Lorette, souligne la présence de la faille. Les bois plus éloignés dans le Bas Pays sont implantés sur des sables tertiaires.

Les défenses de la France (système Séré de Rivières mis en place après 1870) sont placées en fonction du système de cuestas (côtes de Moselle, de Meuse, de Champagne…) dont les escarpements protègent la France contre une invasion par l’Est. C’est la raison pour laquelle les Allemands ont attaqué par la Belgique et descendu facilement vers le sud, jusqu’à ce que les vallées est-ouest de l’Aisne et de la Marne les arrêtent. Les collines d’Artois ont également fait obstacle à leur avancée (Vimy, Notre-Dame de Lorette…). On peut analyser en termes de géomorphologie la plupart des batailles, et mettre en évidence le rôle de la nature du sous-sol (argile, sables, calcaire, granite des Vosges) sur la conduite des opérations, en surface,et en profondeur. Un autre thème qui a mobilisé les géologues a été l’approvisionnement en eau (forages britanniques) et la « trafficabilité » (surtout pour les chars américains en 1918).

Des géologues ont-ils été utilisés dans les armées belligérantes?

Arras : carrière Blenheim. Craie à silex et inscription laissée par un sapeur maori. Cette carrière, qui n'est pas aménagée pour la visite, et où les failles sont visibles de l'intérieur, est en cours d'étude par des membres de l'association des géologues du bassin de Paris.

Arras : carrière Blenheim. Craie à silex et inscription laissée par un sapeur maori. Cette carrière, qui n’est pas aménagée pour la visite, et où les failles sont visibles de l’intérieur, est en cours d’étude par des membres de l’association des géologues du bassin de Paris.

Les Allemands, toujours sérieux, avaient carrément créé un corps de Krieggeologen. Les Britanniques ont utilisé quelques géologues, dont des Français (voir les Annales de la Société Géologique du Nord). Les officiers français connaissaient leur propre terrain.

Si la géologie a influencé les stratégies de guerre, l’inverse est-il vrai aussi ?

La Première Guerre mondiale a aussi eu une influence sur la science géologique, notamment en ayant suscité des travaux de cartographie des couches géologiques et des nappes aquifères profondes.

Bibliographie succincte « Géologie et Grande Guerre »:

BARROIS Ch. (1920) – La Société géologique du Nord pendant la guerre. Annales de la SociétéGéologique du Nord, tome XLIV, 1919 p.XI-XVI.

BROOKS A.H. (1920) –- The use of Geology on the Western Front, Professionnal Paper. 128 D., U. S. A. Geol. Survey. Washington, p.85-124. LA BIBLE

DUDLEY STAMP L. (1919) – Note sur la géologie du Mont-Aigu et du Mont-Kemmel Ann. Soc. Géol. du Nord, t. XLIV, 1919, p. 115-126.

GINSBURGER N. (2010) – La guerre, la plus terrible des érosions – Cultures de guerre et géographes universitaires – Allemagne-France-Etats-Unis (1914-1921), thèse Université Paris Ouest Nanterre-La Défense, 1682 p.

GREGORY H.E. (1918) – Military Geology and Topography, A Presentation of Certain Phases of Geology, Geography and Topography for Military Purposes, Yale Universty Press, 281 p.

GROUNER J.S. von (1826) – Verhältnis der Geognosie zur Kriegs-Wissenschaft. Moll’s neue Jahrbücher der Berg- und Hüttenkunde, Nürnberg, 6 (2), p. 187-233.

HUPY J.P., SCHAETZL R.J. (2006) – Introducing « Bombturbation », a Singular Type of Soil Disturbance and Mixing, Soil Science, Vol. 171, N° 11, p. 823-836.

JOHNSON D.W. (1917) -Topography and Strategy in the War, Henry Holt and Company, New York, 211 p.

KING W.B.R. (1919) – Geological work on the Western front, in The Geographical Journal, vol. 54 n° 4, octobre 1919, p. 201-221.

KING W.B.R. (1920) Résultats des sondages exécutés par les armées britanniques dans le Nord de la France .Annales de la Société Géologique du Nord – Tome XLV –  – pages 9-34

KRANZ W. (1913) – Militärgeologie. Kriegtechnische Zeitschrift, 16, p.464-471.

MILON M. (1926) – Applications de la géologie à la guerre moderne, Bulletin de la Société Scientifique de Bretagne, p. 51-75. Reprend Brooks en français.

QUIJANO Y ARROQUIA, A. R. de (1876) – La guerre et la géologie, J. Dumaine éditeur, 312 p.

VILLATE  R. (1925) – Les conditions géographiques de la guerre. Etude de géographie militaire sur le Front Français de 1914 à 1918, 350 p. Très intéressant.

(Publications récentes)

ROSE E.P.F., NATHANAIL C.P. coord. (2000) – Geology and Warfare: Examples of the Influence of Terrain and Geologists on Military Operations. Geological Society Miscellaneous Publication, 480 pp.

UNDERWOOD J.R.& GUTH P.L.(1998) – Military Geology in War and Peace, The Geological Society of America, 245 p.

Photo 1 :

La plaine de Gohelle vue de la crête de Vimy.

Le relief de la côte de Vimy et des autres positions stratégiques d’Artois est dû à la faille de Marqueffles, qui a abaissé la craie du nord par rapport aux terrains du sud. La ligne boisée, que l’on retrouve à Notre-Dame de Lorette, souligne la présence de la faille. Les bois plus éloignés dans le Bas Pays sont implantés sur des sables tertiaires.

Arras : carrière Blenheim.

Craie à silex et inscription laissée par un sapeur maori.

Cette carrière, qui n’est pas aménagée pour la visite, et où les failles sont visibles de l’intérieur, est en cours d’étude par des membres de l’association des géologues du bassin de Paris.

Vosges : col de la Chapelotte.

Abri allemand dans le Grès vosgien (Trias).

Utilisation de la topographie (dalle de Grès vosgien) et de la technique (muret en éléments préfabriqués).

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