Des réfugiés de 14-18 aux « migrants » de 2015 : les leçons de l’histoire

Alors que la question de l’accueil des « migrants » se fait chaque jour plus pressante, un autre exil, celui des Belges durant la Première Guerre mondiale, est mis en exergue après près d’un siècle d’indifférence…

Réfugiés sur la route d'Ypres à Poperinge, mai 1915.

Réfugiés sur la route d’Ypres à Poperinge, mai 1915.

Ces derniers mois, les vagues de réfugiés se présentant à la porte de la forteresse Europe, ou échouant mortellement à son pied, côtoient dans les actualités les commémorations du Centenaire de la « Grande Guerre ». Et c’est sans doute à la faveur de cette synchronicité qu’ont fleuri, sur les réseaux sociaux, des documents qui, il y a quelques mois encore, et depuis le lendemain de l’Armistice, étaient relégués aux malles poussiéreuses de l’Histoire : là une photo de réfugiés belges sur les routes de l’exode en août 1914, ici, une affiche datée du 28 août 1914 par laquelle le Maire de Castres invite ses concitoyens à offrir leur hospitalité à un convoi de Belges, «braves gens qui ont dû quitter leurs foyers envahis par la horde des barbares qui ont violé le sol de leur Patrie en même temps que celui de la France »… Et autour de ces images, un débat entre ceux qui estiment qu’elles doivent nous pousser à agir et à accueillir ceux que les guerres contemporaines ont jetés sur les routes de l’exil, et ceux qui brandissant l’adage « comparaison n’est pas raison », arguant par exemple qu’ « à l’époque, les réfugiés étaient reconnaissants », qu’ « après les combats, les réfugiés belges, eux, sont rentrés chez eux (…) », ou même, selon Gwendolyn Rutten, présidente de l’Open Vld, lors d’une intervention dans l’émission « Van Gils et Gasten » à la VRT, que « Ce qui est sans doute la différence avec les situations de crise issues des guerres mondiales, c’est que (la crise actuelle) personne ne sait combien de temps elle va durer »(sic!).

Les dangers de l’instrumentalisation de l’histoire

Autant d’affirmations qui nous rappellent que trop souvent, l’Histoire n’est introduite dans les débats politiques et citoyens qu’à l’occasion de situations de crises. On voit réapparaître alors le danger de son instrumentalisation, lorsqu’elle est réintégrée à l’emporte-pièce dans la discussion par des gens qui la déforment ou la méconnaissent… «  On dit aux gouvernants, aux hommes d’Etat, aux peuples de s’instruire principalement par l’expérience de l’histoire. Mais ce qu’enseignent l’expérience et l’histoire, c’est que peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire et n’ont jamais agi suivant des maximes qu’on en aurait pu retirer», disait déjà Hegel dans ses « Leçons sur la philosophie de l’histoire » en 1822. « Chaque époque se trouve dans des conditions si particulières, constitue une situation si individuelle que dans cette situation on doit et l’on ne peut décider que par elle. » Est-ce pour autant un argument pour bannir complètement l’histoire du débat public?

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