Coquelicots et bleuets, fleurs symboles de la Grande Guerre

Illustration Fabienne Loodts @Paysagesenbataille.be

Illustration Fabienne Loodts @Paysagesenbataille.be

Le coquelicot et le bleuet sont devenues les fleurs symboles de la guerre de 1914-1918 . Dans les pays du Commonwealth, le coquelicot est associé à la mémoire de ceux qui sont morts à la guerre. Cette mise en relation est plus ancienne: durant les guerres napoléoniennes du début du XIXe siècle, déjà, le lien entre le coquelicot et les champs de batailles avait été observé…

 

Comment expliquer que les champs mis à nus lors des combats se couvrent de ces fleurs rouges sang après la bataille?

 

Pour germer, la graine du coquelicot n’a que très peu d’exigences : elle a avant tout besoin d’une terre remuée et calcaire. De grande longévité, elle résiste bien au manque d’eau et à l’enfouissement, et peut donc rester dans le sol de longues années. Puis, dès que la terre est remuée et mise à nu, elle se met à germer. C’est ce qui explique aussi qu’elle se mit à pousser sur les terres dévastées par les obus et tranchées des combats de la première guerre mondiale…

 

LtCol McCrae-01Lors de la 1ere guerre mondiale, c’est le lieutenant colonel John McCrae, un médecin militaire canadien, qui établit lui aussi ce rapport entre le coquelicot et les champs de batailles. Alors qu’au printemps 1915,  son jeune ami Alexis Helmer avait été tué par un obus allemand à Ypres, et enseveli dans une tombe sommaire, marquée d’une simple croix de bois, John McCrae avait été frappé par le fait que des coquelicots poussaient spontanément entre les rangées de sépultures. Ce phénomène lui inspira son célèbre poème « In Flanders Fields » (« Au Champ d’Honneur »). Ecrit au début du mois de mai 1915, ce poème fut publié dans le London Punch le 8 décembre 1915.

 

 

 

 

IMG_7856In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses,row on row,

That mark our place; and in the sky

The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.
We are the Dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved, and were loved, and now we lie
In Flanders fields.
Take up our quarrel with the foe:
To you from failing hands we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields.
19850475-013Trois ans plus tard, et quelques jours seulement avant l’Armistice, l’Américaine Moina Michael, qui travaillait dans une cantine de la « YMCA » à New York fut très émue lorsqu’elle prit connaissance du poème. Elle composa à son tour un poème en réponse à celui de McCrae. Intitulé « We shall keep the faith », il exprime la promesse faite à ceux qui sont morts durant la guerre de se souvenir d’eux en portant le coquelicot. Moina se mit elle-même à porter un coquelicot en mémoire des millions de soldats qui avaient donné leur vie sur les champs de bataille. En 1920 cette coutume vint à la connaissance d’une française, Madame Guérin, en visite aux Etats-Unis.

1000888_476122862467712_1121988230_nÀ son retour en France, elle décida de se servir de coquelicots réalisés à la main pour recueillir des fonds pour les enfants sans ressources des régions dévastées du pays. En 1921, c’est le maréchal Douglas Haig, alors au commandement des armées britanniques en France et en Belgique qui, ayant découvert l’initiative d’Anne Guérin, incita l’organisation du British Poppy Day Appeal destiné à récolter des fonds pour les anciens combattants démunis et invalides. Cette année-là aussi, Anne Guérin voyagea au Canada et parvint à convaincre l’Association des anciens combattants de la Grande Guerre d’adopter le poppy comme symbole du souvenir. Les premiers coquelicots du Canada ont été distribués en novembre 1921. Depuis, dans tous les pays du Commonwealth, le « Poppy » (coquelicot) symbolise le Sacrifice et le Souvenir de la Première Guerre mondiale et l’Armistice du 11 Novembre est appelé le « Poppy Day » (jour du Coquelicot).

CPA_Bleuet_de_France_1914-1918En France, le bleuet, également présent sur les champs de bataille et dont la couleur rappelle les uniformes des Poilus, est lui aussi devenu fleur-symbole du sacrifice des soldats lors du premier conflit mondial. Les poilus français avaient eux-mêmes choisi cette fleur comme symbole de leur guerre. En 1915,  les soldats vétérans de la mobilisation, vêtus de l’ uniforme bleu et rouge, ont donné le surnom de « bleuets » aux jeunes recrues qui arrivaient au front, habillées du nouvel uniforme bleu horizon de l’armée française.

Mais comme pour le coquelicot britannique, c’est après la guerre que le bleuet fut institué fleur du souvenir. Suzanne Lenhardt, infirmière-major de l’hôpital militaire des Invalides et veuve d’un capitaine d’Infanterie coloniale tué en 1915, et Charlotte Malleterre, fille du général Gustave Léon Niox et femme du général Gabriel Malleterre, toutes deux bouleversées par les souffrances des blessés de guerre dont elles s’occupaient, avaient saisi la nécessité de leur redonner une place active au sein de la société… Elles eurent l’idée d’organiser des ateliers où les mutilés de guerre confectionnaient des bleuets dont les pétales étaient réalisées avec du tissu et les étamines en papier journal.

Logo_Bleuet_de_FranceCes fleurs étaient vendues au public à diverses occasions et les revenus générés par cette activité permettaient de procurer un petit revenu à ces hommes. Le bleuet devint ainsi un symbole de la réinsertion par le travail.

Bien que cette tradition soit moins présente depuis les années 1960, le Bleuet de France est toujours vendu lors des commémorations du 8 mai et du 11 novembre, par des bénévoles de L’Œuvre Nationale du Bleuet de France, une association d’utilité publique sous la tutelle de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre. Son objectif est toujours de recueillir des fonds afin de financer les œuvres sociales qui viennent en aide aux anciens combattants et veuves de guerre, mais aussi désormais aux soldats blessés en opération de maintien de la paix, et aux victimes du terrorisme.

 

En savoir plus:

  • La vie du médecin John McCrae et les traces de son passage à Wimereux, où il est enterré
  • Le livre « Plantes de Poilus », de Denis Richard, aux Editions Plume de Carotte
  • La vidéo sur Essex Farm, où John McCrae a écrit son poème, et où une tombe est plus couverte que d’autres de poppies, celle la du soldat Valentine Joseph Strudwick de l’infanterie légère (carré I, rangée U, tombe 8), âgé de 15 ans à peine lors de sa mort, le 14 janvier 1916.

Tags:

Trackbacks/Pingbacks

  1. Coquelicots et bleuets, fleurs symboles de la Grande Guerre | Paysages en Bataille | Histoires d'histoire | Scoop.it - 31 octobre 2012

    […] RT @Paysages1914: Petite histoire des fleurs-symboles de la Grande Guerre, le coquelicot et le bleuet.  […]

  2. Coquelicots et bleuets, fleurs symboles de la Grande Guerre | Paysages en Bataille | Culture et toutes ces sortes de choses | Scoop.it - 2 novembre 2012

    […] RT @Paysages1914: Petite histoire des fleurs-symboles de la Grande Guerre, le coquelicot et le bleuet.  […]

  3. « De Frontzate » : Dixmude-Nieuport à vélo | Paysages en Bataille - 22 octobre 2014

    […] la suite du parcours, Aline s’étonnait de ne pas voir les fameux coquelicots qui ont été rendus célèbres par le poème « In Flanders Fields » de J…. Il est vrai que ces jolies fleurs sont devenues très rares sur l’ancienne ligne de front. […]

  4. 492/journal du 8 décembre 1915: Le Lt aviateur Gabriel Guérin dans le secteur de Cormicy-Sapigneul | 1914-1918: Reims dans la Grande Guerre - 8 décembre 2015

    […] http://www.paysagesenbataille.be/coquelicots-et-bleuets-fleurs-symboles-de-la-grande-guerre/ […]

Laisser un commentaire


× 6 = vingt quatre